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Jacques Walter ou la passion de construire


Jacques Walter.Si vous ne le connaissez pas encore, vous n’aurez aucune peine à le reconnaître, sur un campus ou en ville : cheveux frisés au vent, hiver comme été il ne roule qu’à vélo, l’ordinateur portable soigneusement rangé dans le sac à dos…

Jacques Walter, Le spécialiste de la communication à l’université Paul Verlaine-Metz, fait en effet partie des très rares universitaires messins à ne pas posséder le permis de conduire. Un choix tranquillement assumé, mais un paradoxe à l’heure où l’information, qui est l’un de ses champs de recherche,  voyage à la vitesse du son.
Ce grand garçon à l’allure d’éternel adolescent n’a pas peur de surprendre. Au contraire. Son regard clair planté dans le vôtre, le sourire constamment à fleur de lèvres, il n’a pas oublié que la première et la meilleure manière de communiquer, c’est le dialogue. Il vous raconte donc, en toute simplicité, un parcours marqué par le goût de la découverte, de l’ouverture et de l’action. Messin viscéral, passionné par sa ville, Jacques Walter n’a guère cessé d’essuyer des plâtres. Ceux du lycée Schuman d’abord, où il « inaugure » la première classe de 6° avant de migrer, à la faveur d’un déménagement, vers les murs plus vénérables du lycée Fabert. Ceux de l’université de Metz ensuite, ou du moins des locaux qui l’hébergeaient provisoirement en l’an de grâce 1970, année de sa création. J’ai fait partie de la toute première promotion de Lettres classiques, avec comme professeur Gérard Nauroy, dont c’était le premier poste de maître de conférences. Les cours avaient lieu à l’annexe Navereau du lycée Schuman et dans un préfabriqué à Borny. En hiver, c’est nous qui transportions le fuel pour chauffer la salle rigole-t-il, imaginant la tête que feraient les étudiants d’aujourd’hui si on leur infligeait pareil traitement.

Des médias à la médiation

Jacques Walter.Après une maîtrise de littérature latine, Jacques Walter se lance dans un DEA dont le thème tient davantage de l’anthropologie que du latin : une étude sur les statuts d’une confrérie de porteurs de cadavres qui existait à Metz aux XVI° et XVII° siècles, au sein de la communauté juive. Là-dessus, il se lance dans la vie active et forme des travailleurs sociaux à l’IRTS du Ban St-Martin. Il y découvre avec passion les sciences sociales, la communication et la pédagogie, matière de son premier ouvrage, Prendre des notes vite et bien, qui fait toujours autorité. D’autres publications suivent et il est vite remarqué par des universitaires strasbourgeois qui le recrutent, en qualité de maître de conférences associé, au Centre d’études du journalisme de Strasbourg 3.  La fibre universitaire reprend le dessus et il se lance dans une thèse de sociologie, sous la direction de Jean-Yves Trepos, qui le ramène à Metz. En 1994, il intègre l’équipe de pionniers de la toute jeune filière d’information-communication.

C’était et c’est toujours une aventure passionnante, confesse-t-il. Nous avons créé très vite le Centre de recherche sur les médiations que je dirige et dont le propos s’est étendu et diversifié, passant des médias au sens classique à la médiation culturelle et sociale, aux relations entre les médias, la mémoire et l’histoire, notamment à travers les génocides du XX° Siècle.

Devenu professeur, Jacques Walter enchaîne les responsabilités : premier directeur de l’IUP des Métiers de l’information et de communication de Lorraine, qu’il contribue à créer, directeur du département d’Information-communication puis de son laboratoire de recherche, président de la commission de recherche de l’UFR Sciences humaines et arts, coanimateur du pôle de recherche scientifique et technique pour les sciences humaines et sociales, artisan parmi d’autres de l’école doctorale PIEMES (Perspectives interculturelles : écrits, médias, espaces et sociétés), cofondateur et coordinateur de la revue Questions de communication  et, en ce moment même, cheville ouvrière de la Maison des sciences humaines et sociales (voir encadré). Pas de quoi s’étonner avec tout cela quand il vous dit qu’il a la passion de construire et que son loisir favori, c’est d’écrire des livres.

Partager le savoir

Jacques Walter.Car Jacques Walter, c’est un chercheur qui communique. Promu équipe d’accueil, son laboratoire compte quelque 20 chercheurs titulaires et 40 doctorants, dont les travaux portent sur l’information-communication, l’esthétique et la sociologie. Ni plus ni moins riches que celles des autres labos, ses trois équipes sont constamment en recherche de contrats :

pour faire face à la crise de la recherche, explique-t-il, nous essayons de mettre en œuvre d’autres pratiques. D’abord en donnant la priorité aux jeunes. Une partie des crédits recueillis grâce aux contrats sert à financer leurs déplacements, pour qu’ils puissent participer à des colloques. Rien n’est en effet plus partageable que le savoir. Les contacts sont source d’enrichissement réciproque et c’est à la fois l’excellence et l’aptitude à travailler en groupe qui permettront aux jeunes de prendre toute leur place. Je sais, cette conception est un peu en rupture avec les habitudes universitaires, mais je crois que les autorités académiques devraient encourager davantage cet état d’esprit. Il faudrait aussi qu’elles procèdent à une meilleure évaluation des équipes et des chercheurs et  que les établissements universitaires affichent davantage des choix politiques dans leurs axes de recherche, sans chercher à être omniscients.

Jacques Walter rêve aussi de campus plus conviviaux, où l’on puisse organiser régulièrement des manifestations culturelles de haut niveau, susceptibles d’attirer l’élite de la ville.

L’université, souligne-t-il, a pour mission de former des gens qui auront envie d’entrer dans l’institution et de la développer, mais elle doit aussi tisser un réseau de sociabilité locale, et c’est une affaire qui concerne chacun de ses membres.

La Maison des sciences humaines et sociales Les projets menés à bien par Jacques Walter sont tous liés entre eux et celui qui l’occupe actuellement en est comme l’aboutissement.
De quoi s’agit-il ? De la Maison des sciences humaines et sociales qui devrait prochainement voir le jour sous l’égide des universités de Metz et de Nancy 2. <C’est, explique-t-il, une structure qui existe déjà dans plusieurs régions. A la fois un label de reconnaissance scientifique et une fédération d’équipes de recherche. Les équipes qui travaillent en sciences humaines et en sciences sociales à Metz et à Nancy se fédèrent pour mieux s’inscrire dans un projet scientifique, avec une thématique qui est celle de la frontière. La frontière au sens classique qui peut être une coupure ou une couture. Mais aussi la frontière au sens plus épistémologique : celle qui sépare ou rapproche les disciplines.>
L’intérêt d’une telle structure, c’est <d’offrir de meilleures conditions de travail aux équipes, avec des locaux spécialement affectés et une unité mixte de services qui fournira une aide humaine à la réalisation de leurs projets. Nous allons mutualiser les moyens humains (ingénieurs de recherche, secrétaires, documentalistes etc…) pour davantage d’efficacité. Ce faisant, en organisant la rencontre des sciences humaines et sociales, de la sociologie au Droit en passant par l’histoire, la psychologie, la théologie et j’en passe, on accroît la visibilité des équipes lorraines à l’échelon interrégional et surtout européen.>
Un projet qui va peut-être faire grincer quelques dents dans le microcosme universitaire mais qui va comme un gant à Jacques Walter, l’homme de la communication, ennemi juré des chapelles.

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